Comment arrêter un tricot : la technique qui change tout
Arrêter un tricot, ce n'est pas juste fermer les mailles. Découvrez les méthodes de rabattage adaptées à chaque projet, et l'étape blocage que personne n'explique.
Sommaire
Quand on apprend à tricoter, on passe des heures sur les mailles endroit, les jetés, les augmentations. Puis arrive le moment où il faut refermer l’ouvrage. Et là, souvent, on bâcle. On répète le geste appris au premier cours, vite fait, sans réfléchir. Résultat : un bord trop serré qui déforme le tombé du pull, ou au contraire une bordure qui baille et gondole au lavage. Arrêter un tricot, c’est bien plus que fermer des mailles. C’est le point final de votre projet. Mal exécuté, il gâche tout ce qui précède. Bien choisi, il sublime même un simple point mousse.
Pourquoi vous devriez apprendre à rabattre autrement
Le rabattage, c’est frontalier. Il fait le lien entre la surface tricotée et le bord libre. Si cette frontière est trop rigide, le vêtement perd son aisance. Trop lâche, il se déforme. Et la méthode basique qu’on vous a montrée au départ, celle où on tricote deux mailles puis on rabat la première par-dessus, eh bien elle donne une bordure très stable, certes. Parfaite pour une épaule, une couture latérale. Exécrable pour un col, un poignet, une bordure de gilet.
On croit souvent que le problème vient de la main, du geste. Alors qu’il vient du choix de la technique. Une fois qu’on a compris qu’il existe plusieurs façons de faire, et qu’on sait laquelle sert à quoi, la qualité des finitions fait un bond. Et c’est exactement ce qu’on va voir.
La méthode classique : simple, fiable, et parfois trop raide
C’est celle qu’on apprend en premier, et c’est logique. Simple, rapide, elle consiste à tricoter deux mailles normalement, repasser la première par-dessus la deuxième avec l’aiguille gauche, puis continuer ainsi de suite. À la fin, on coupe le fil, on le glisse dans la dernière maille, on serre. Visuellement, ça donne une lisière régulière, avec de petites mailles couchées qui forment une chaînette propre.
Pour beaucoup d’ouvrages en point mousse, c’est tout ce qu’il faut. Les pièces plates, les écharpes rectangulaires, les panneaux de plaid. Dès que la bordure n’a pas à s’étirer, cette méthode classique suffit amplement. Même un débutant y arrive sans angoisse.
La vidéo ci-dessous montre exactement le geste, au ralenti. Regardez bien comment l’aiguille gauche vient chercher la maille pour la faire passer par-dessus.
Le piège de la tension
Malgré sa simplicité, cette technique classique a un défaut majeur : elle tire. Le bord rabattu est souvent moins élastique que le reste du tricot. Si vous avez tendance à serrer vos mailles, il va même froncer le rang. Pour compenser, beaucoup de tricoteuses utilisent une aiguille plus grosse uniquement pour le rabattage. L’astuce fonctionne, mais elle masque le problème plutôt que de le résoudre. Elle ne rend pas la bordure élastique, elle la détend juste un peu.
Et si vous tricotez des côtes anglaises, cette méthode est un désastre. Les côtes sont conçues pour s’étirer et se rétracter. Un rabattage classique les bloque net. Votre bordure de pull ne suivra plus le mouvement du corps. Elle restera coincée, rigide.
Rabattage élastique : les côtes ne vous diront plus jamais non
Quand on tricote des côtes, en 1/1 ou 2/2, on alterne mailles endroit et mailles envers colonne par colonne. La surface est vivante, elle respire. Pour conserver cette élasticité, il faut un rabattage qui la suive. C’est là qu’intervient la méthode élastique.
Le principe : on rabat la maille comme elle se présente, en adaptant le geste. Sur une maille endroit, on tricote une maille endroit, on repasse la précédente par-dessus, puis on fait un jeté avant de tricoter la maille suivante (qui est une maille envers). Sur une maille envers, on tricote à l’envers et on jette également. Ce jeté intermédiaire ajoute juste ce qu’il faut de fil pour que le bord ne tire pas. Le résultat est une bordure souple, qui suit naturellement les contractions des côtes.
La vidéo qui suit détaille le mouvement pour ne pas s’emmêler entre le jeté et le rabattage, surtout sur les côtes 2/2.
Quand l’utiliser (et quand éviter)
Les bordures de chaussettes, les poignets, les bas de pulls, les encolures rondes. Tous ces endroits où le tricot doit s’élargir et se resserrer sans grimacer. La méthode élastique est faite pour eux. En revanche, ne l’employez pas pour une couture d’épaule ou un côté de cardigan droit. Trop de souplesse à ces emplacements peut entraîner un manque de tenue et une déformation au fil des lavages.
Une erreur de débutant consiste à choisir par défaut la méthode élastique partout, croyant bien faire. Comme un bonbon trop sucré, elle gâche la texture là où la fermeté était souhaitable.
Bloquer son tricot après rabattage : l’étape invisible des pros
On a rabattu, coupé le fil, rentré les brins. L’ouvrage est théoriquement fini. Sauf qu’il ressemble souvent à un chiffon fripé, les bords s’enroulent, les mailles sont inégales. Le geste qui sépare le travail amateur du travail soigné, c’est le blocage.
Bloquer, c’est humidifier le tricot, le mettre en forme et le laisser sécher à plat. L’eau détend les fibres, permet aux mailles de se répartir uniformément. Les bordures se stabilisent, les points prennent leur véritable dimension. Même un rabattage un peu serré s’assouplit un peu après blocage, même s’il ne remplace pas le bon choix technique initial.
Bloquer selon la matière
Toutes les laines ne se bloquent pas de la même façon. La laine mérinos réagit très bien à l’eau tiède et garde la forme qu’on lui donne. Le coton a besoin d’un trempage plus franc pour s’assouplir. L’acrylique, lui, ne se bloque pas à l’eau froide : on utilise de la vapeur en surface, sans toucher le fer à la fibre. Prenez le temps de lire l’étiquette de votre pelote. Pour les mélanges, testez sur l’échantillon, celui que vous avez forcément tricoté avant d’attaquer l’ouvrage.
Le matériel pour bien faire
Tapis de blocage mousse, épingles en T inoxydables (celles en métal bas de gamme rouillent et laissent des traces), éventuellement les tiges de blocage pour bien tendre les bords droits. Ce ne sont pas des gadgets. Sans elles, vous serez tentée de coincer votre tricot encore humide entre deux serviettes en priant pour que l’ourlet reste rectiligne. Il ne le sera pas.
Erreurs de finition à ne plus jamais commettre
- Rabattre sur l’endroit quand il fallait sur l’envers : selon les patrons, la lisière de rabattage est visible ou non. Lisez les instructions au-delà de la simple ligne « rabattre les mailles ». Un rabattage exécuté à l’envers donne une bordure qui se fond mieux si le modèle doit ensuite être relevé.
- Couper le fil trop court : pas de drame, mais un deux centimètres ne permettent pas de rentrer le fil correctement. Gardez toujours au moins 15 cm pour glisser dans une aiguille à laine et sécuriser.
- Confondre souplesse et lâcheté : sur un rabattage élastique, on croit parfois bien faire en ne serrant presque pas. Résultat, le bord ondule. Le jeté doit juste apporter de l’aisance, pas créer du mou.
- Zapper le blocage par impatience : je sais, l’ouvrage est fini, on voudrait le porter immédiatement. Les mailles vous le rendront par un aspect tassé qui ne disparaîtra pas au premier lavage.
Avant de ranger vos aiguilles, pensez aux diminutions de finition quand un modèle de haut en bas s’achève par des réductions progressives. C’est le petit plus technique qui affine la silhouette.
Questions fréquentes
Comment terminer un ouvrage de tricot sans qu’il gondole ?
Le gondolage vient souvent d’un décalage entre l’élasticité du tissu tricoté et la rigidité du rabattage. Choisissez une technique adaptée au point : rabattage élastique sur côtes, classique sur point mousse, et terminez toujours par un blocage soigné.
Quelle est la technique pour bloquer un tricot après avoir rabattu ?
Il faut laver l’ouvrage à la main à l’eau froide avec un peu de laine douce, essorer sans tordre dans une serviette éponge, puis étendre sur un tapis de blocage en épinglant les bords pour leur donner la forme souhaitée. Laissez sécher à plat, loin d’une source de chaleur directe.
Comment arrêter un point au tricot quand on utilise une laine très glissante ?
Les laines comme l’alpaga ou le bambou glissent et ont tendance à détricoter le rabattage. Après avoir coupé le fil, glissez-le dans une aiguille à coudre et passez en surjet dans les dernières mailles avant de rentrer le brin sur plusieurs centimètres. Cela verrouille le bord sans ajouter d’épaisseur.
Peut-on utiliser un rabattage tubulaire sans machine ?
Oui, le rabattage tubulaire se travaille à la main avec une aiguille à laine et se base sur le grafting des mailles endroit et envers. Il donne une bordure ronde et professionnelle. Prévoyez un temps calme, car il demande de la concentration, mais le résultat sur un col vaut chaque minute passée.
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