Tricoter les côtes anglaises sans gaspiller sa laine
Guide complet pour tricoter les côtes anglaises : technique du jeté, erreurs fréquentes et projets adaptés à ce point gourmand en fil.
Sommaire
Beaucoup de tricoteuses veulent se lancer dans les côtes anglaises après avoir vu une écharpe épaisse et moelleuse sur un patron. Le rendu est séduisant. Mais le point a une réputation trompeuse : on le présente comme un « niveau débutant avancé » alors qu’il pose des problèmes très concrets que personne ne détaille vraiment. La laine file à une vitesse inhabituelle, le tombé se déforme au lavage, et le comptage des rangs devient un casse-tête dès qu’on perd le fil.
Les côtes anglaises méritent qu’on les tricote. Mais elles méritent surtout qu’on sache où elles brillent et où elles échouent, avant de monter ses mailles.
Un point qui repose entièrement sur le jeté
Les côtes anglaises ne fonctionnent pas comme des côtes 1/1 classiques. La différence tient à un geste unique : le jeté avant chaque maille glissée. Concrètement, on place le fil devant l’aiguille, on glisse la maille suivante sans la tricoter, puis on tricote ensemble la maille et son jeté au rang suivant.
Ce mécanisme crée une double épaisseur. Chaque maille « absorbe » le fil du rang précédent, ce qui donne ce relief gonflé caractéristique. Le tissu obtenu est réversible : l’endroit et l’envers sont identiques, ce qui en fait un choix logique pour les écharpes et les snoods.
Le problème, c’est que ce jeté systématique multiplie la consommation de laine. Sur un échantillon de 10 cm, comptez entre 30 et 40 % de fil supplémentaire par rapport à un jersey ou à un point mousse bien régulier. Celles qui ont déjà dû racheter une pelote en catastrophe au milieu d’un projet savent combien cette donnée change la planification.
Monter les mailles : un nombre impair, toujours
Le montage conditionne tout le reste. Les côtes anglaises exigent un nombre impair de mailles. Avec un nombre pair, le motif ne s’aligne pas d’un rang à l’autre et le résultat ressemble à un point fantaisie raté plutôt qu’à des côtes nettes.
Pour un premier essai, 21 mailles sur des aiguilles 5 ou 6 mm avec une laine épaisse (type bulky) offrent un échantillon suffisant pour comprendre le rythme du point. Les aiguilles fines et les fils fins compliquent la lecture des mailles et rendent le rattrapage d’erreurs presque impossible.
Le rang de préparation est souvent oublié dans les tutoriels. Avant d’entamer le motif, tricotez un rang en côtes 1/1 classiques. Ce rang « d’assise » stabilise la base et empêche le bord de rouler, un défaut récurrent avec ce point.
La tension du fil décide de tout
Tricoter des côtes anglaises régulières ne demande pas un geste compliqué. Le mouvement se répète mécaniquement au bout de quelques rangs. Ce qui sépare un résultat propre d’un résultat irrégulier, c’est la tension appliquée au jeté.
Un jeté trop serré comprime la maille suivante et crée des « vagues » dans le tissu. Un jeté trop lâche donne des trous visibles, surtout après blocage. La tension doit rester constante, rang après rang, sans varier entre les mailles endroit et les mailles envers.
💡 Conseil : tricotez les dix premiers rangs, puis étirez doucement l’échantillon dans la largeur. Si certaines colonnes paraissent plus serrées que d’autres, ajustez la tension avant de continuer. Défaire dix rangs coûte cinq minutes ; défaire cinquante rangs coûte une soirée.
Les tricoteuses qui serrent naturellement leur fil gagnent à monter d’un demi-numéro d’aiguille. Celles qui tricotent lâche peuvent rester sur la taille recommandée par la laine, voire descendre légèrement. Il n’existe pas de règle universelle : seul l’échantillon dit la vérité.
Côtes anglaises ou fausses côtes anglaises
La confusion entre les deux revient dans toutes les discussions de tricot en ligne. Les « fausses côtes anglaises » (ou côtes brioche simplifiées) imitent le relief des vraies sans utiliser de jeté. On tricote simplement dans la maille du rang précédent au lieu de glisser avec un jeté.
Le rendu visuel est proche. Vraiment proche. Sur une écharpe en laine épaisse, la différence se voit à peine. Mais le tissu obtenu est légèrement moins épais, moins élastique, et consomme moins de fil.
| Critère | Côtes anglaises | Fausses côtes anglaises |
|---|---|---|
| Technique | Jeté + maille glissée | Tricoter dans le rang précédent |
| Épaisseur du tissu | Double épaisseur | Épaisseur intermédiaire |
| Consommation de laine | Élevée | Modérée |
| Difficulté de rattrapage | Élevée | Faible |
Pour un premier projet ou pour celles qui veulent le look sans la contrainte, les fausses côtes anglaises sont un choix pragmatique. Elles pardonnent plus facilement les erreurs de tension et se détricotent sans drame. L’esthétique puriste y perd un peu ; le plaisir de tricoter y gagne beaucoup.
Quand ce point ne convient pas
Les côtes anglaises ne sont pas un point passe-partout, malgré ce que laissent croire certains patrons. Leur élasticité extrême les rend inadaptées à plusieurs situations.
Les bordures de pull, par exemple. Un bas de pull tricoté en côtes anglaises va s’étirer progressivement sous le poids du vêtement, perdre sa tenue et gondoler. Les côtes 2/2 ou les côtes torses font un bien meilleur travail pour maintenir la forme d’une bordure.
Les bonnets structurés posent le même problème. Le tissu ne « serre » pas assez pour épouser la tête, à moins d’utiliser des aiguilles nettement plus petites que ce que la laine recommande, ce qui dénature le point.
En revanche, ce point excelle sur les pièces libres : écharpes larges, plaids, châles rectangulaires, couvertures bébé. Tout ce qui peut vivre sans contrainte de forme profite de ce gonflant moelleux. Si vous cherchez à varier les textures dans vos projets, le point de sable offre une alternative intéressante pour les pièces qui demandent plus de tenue.
Rattraper une erreur sans tout défaire
C’est là que les côtes anglaises deviennent frustrantes. Sur un point mousse ou un jersey, repérer une maille lâchée et la remonter avec un crochet prend quelques secondes. Sur des côtes anglaises, chaque maille est liée à un jeté du rang précédent. Remonter une maille oubliée implique de recréer ce jeté, ce qui demande une bonne compréhension de la structure.
La méthode la plus fiable reste la « ligne de vie » : passer un fil fin contrastant dans toutes les mailles d’un rang correct, tous les 15 ou 20 rangs. Si une erreur survient plus haut, on détricote jusqu’à la ligne de vie sans risquer de perdre des mailles au passage.
Les tricoteuses qui maîtrisent la technique du jeté dans d’autres contextes auront plus de facilité à comprendre la logique de ce point. La mécanique est la même ; c’est la régularité qui change tout.
Choisir sa laine pour les côtes anglaises
Toutes les laines ne se comportent pas de la même façon dans ce point. Les fibres lisses (mérinos superwash, coton mercerisé) donnent un rendu très net, avec des colonnes bien dessinées. Les fibres poilues (mohair, alpaga brossé) fondent les colonnes les unes dans les autres et créent un tissu plus uniforme, presque « flou ».
Le choix dépend du résultat visé. Pour une écharpe graphique avec des côtes bien marquées, un mérinos retors simple brin fait le travail. Pour une étole vaporeuse, un fil mohair tenu avec un fil fin donne cet effet « nuage » qu’on voit partout sur les réseaux.
Ce qu’il faut éviter : les fils trop retors ou trop secs (certains cotons non mercerisés, le lin pur). Le jeté glisse mal, la maille se déforme, et le plaisir de tricoter disparaît au bout de trois rangs. Si vous aimez expérimenter avec les matières, teindre son propre fil avant de tricoter permet d’obtenir des coloris uniques sur un point qui met bien la couleur en valeur.
Le blocage change tout
Un ouvrage en côtes anglaises fraîchement tombé des aiguilles ne ressemble pas à l’ouvrage bloqué. Le blocage (trempage dans l’eau tiède, essorage doux, séchage à plat sur les dimensions voulues) ouvre les mailles, régularise la tension et révèle le vrai relief du point.
Sans blocage, les côtes paraissent compressées et le tissu tire dans la largeur. Avec blocage, le gonflant apparaît et les colonnes se détachent nettement.
Ne tirez pas l’ouvrage en longueur pendant le séchage. Les côtes anglaises s’étirent facilement mais ne reviennent pas toujours à leur forme initiale si on les force. Posez à plat, épinglez aux dimensions souhaitées, et laissez le temps faire le travail.
Un dernier point sur la lisière
Les mailles de lisière en côtes anglaises ont tendance à former des boucles lâches sur les bords. Deux options : glisser la première maille de chaque rang (lisière chaînette) ou tricoter la première et la dernière maille en point mousse, quel que soit le motif. La seconde option donne un bord plus stable, surtout pour les écharpes qui ne seront pas cousues.
Pour celles qui assemblent ensuite des pièces tricotées dans des projets plus larges, coudre proprement les finitions reste une étape qui mérite autant d’attention que le tricot lui-même.
Questions fréquentes
Peut-on tricoter des côtes anglaises en rond ?
Oui, mais la technique change. En tricot circulaire, on alterne un rang de côtes anglaises « endroit » et un rang de côtes anglaises « envers », ce qui complique le suivi du motif. Utiliser un marqueur de début de rang et un compteur de rangs évite de se perdre. Le résultat est identique au tricot à plat, mais la courbe d’apprentissage est plus raide.
Combien de pelotes prévoir pour une écharpe en côtes anglaises ?
Cela dépend du métrage de la laine et des dimensions visées, mais la règle utile est simple : calculez ce que vous prendriez pour la même écharpe en jersey, puis ajoutez un bon tiers. Pour une écharpe standard (environ 180 cm sur 25 cm en laine bulky), prévoyez au moins trois pelotes de 100 g. Mieux vaut en avoir une de trop que de tomber en panne à vingt rangs de la fin.
Les côtes anglaises conviennent-elles aux vêtements bébé ?
Le tissu est doux et chaud, ce qui semble idéal pour un bébé. Mais l’élasticité excessive pose problème sur les petites pièces : un bonnet bébé en côtes anglaises perd sa forme rapidement. Les fausses côtes anglaises ou les côtes 1/1 classiques offrent un meilleur compromis entre douceur et tenue pour les vêtements de nourrisson.
Comment reconnaître l’endroit de l’envers sur des côtes anglaises ?
En théorie, le point est réversible et les deux faces sont identiques. En pratique, le rang de montage crée une légère différence visible sur le premier centimètre. Placez un marqueur amovible sur la face que vous choisissez comme endroit dès le départ. Sans ce repère, vous risquez d’inverser les rangs endroit et envers après chaque pause, ce qui crée des irrégularités subtiles dans le motif.
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